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Le racisme au quotidien

Le 12 avril 2014, 15:55 dans Humeurs 0

 

Si j'ai décidé de quitter la France, c'est entre autres pour des raisons liées au racisme en général et aux difficultés faites aux couples mixtes en particulier. On ne peut évidemment pas globaliser en affirmant que tous les Français sont xénophobes. Il n'en reste pas moins qu'il existe une xénophobie latente chez bon nombre de nos compatriotes, certains d'entre eux allant jusqu'à l'exprimer publiquement ou lors de chaque élection.

 

L'importance de l'extrême droite, en tout cas pour ce qui concerne sa structure électorale de base depuis des décennies, ne peut en effet s'expliquer que par ce rejet de l'étranger. S'il est vrai que des Français glissant aujourd'hui un bulletin du Front national dans l'urne le font dans l'espoir, qu'après avoir tout essayé, ça va marcher, le noyau dur de l'électorat exprime avant tout une haine de l'autre.

 

Et je suis abasourdi par l'état d'esprit de nombreux Français vivant à l'étranger, notamment au Maroc que je commence à connaître un peu. Sur le territoire français, j'ai tenté de me battre contre cette haine de l'étranger, tout en essayant de comprendre pourquoi ce sentiment était aussi présent. J'en suis souvent arrivé à la conclusion que cette forme de racisme s'exprimait par méconnaissance de l'autre mais aussi par peur de voir son pays « envahi ». En réalité, ils n'acceptaient pas cette présence d'immigrés qu'ils n'avaient pas choisi d'accueillir.

 

Cette position est sans aucun doute contestable, mais elle reposait selon moi sur quelque chose qui s'était imposé. A la vérité, il ne s'agit absolument pas de ça. Et j'en trouve la preuve quasiment chaque jour ici au Maroc. Les Français qui y vivent l'ont décidé, ils ont choisi. Et bien, pour une partie d'entre eux, le mépris, la critique permanente, voire la haine, s'expriment de façon tout aussi claire qu'en France. Donc, ce n'est pas un sentiment lié au territoire, mais à l'homme ; donc, c'est vraiment du racisme.

 

Cela se traduit dans les comportements quotidiens : insultes à l'égard des vendeurs dans les boutiques, des garçons de café et, surtout, du « petit personnel » de maison... Parce que, pour ces gens-là, le Maroc a au moins ça de bon : le coût de la vie y est moins élevé qu'en France et on peut « se payer » une « bonne à tout faire », un gardien, etc. On assure que ça donne de l'emploi à des gens de bien modeste condition... C'est la bonne conscience qui autorise tous les excès de comportement : insultes, humiliation, travail 15 heures par jour, etc.

 

Un autre événement illustre cette espèce d'agressivité permanente : les 24 et 25 mai prochains, les Français résidant à l'étranger vont élire leurs conseillers consulaires, de nouveaux représentants dont je n'ai toujours pas bien compris quel va être leur rôle... Sur les six listes qui briguent les suffrages, trois semblent être d'une droite que je qualifierais de dure. Aucune n'ose cependant afficher des positions proches du Front national, mais ce qui est bien avec internet, c'est qu'on peut retrouver les écrits des uns ou des autres de ces candidat(e)s, et le mépris de l'Arabe y apparaît parfois clairement...

Sexe et névroses

Le 26 mars 2014, 11:28 dans Humeurs 0

 

Au Maroc ou ailleurs, la vie est faite parfois de belles rencontres. Comme celle-ci, avec un intellectuel marocain, docteur d'Etat en sociologie en France et psychanalyste.

Il m'a raconté sa rencontre avec Jacques Lacan. Ce dernier lui dit un jour qu'il n'a jamais analysé d'Arabe et qu'il aimerait bien combler cette lacune. C'est ainsi que commença son analyse, puis sa collaboration avec Lacan qui lui confia l'analyse de vieilles dames que le Maître suivait depuis de longues années et dont il commençait à se lasser... Il assortit cette mission d'un conseil que notre homme suivit par la suite : « Analysez de préférence des femmes, elles parlent plus spontanément que les hommes... »

Cette expérience lui permet aujourd'hui de porter un regard avisé sur la société marocaine et sur l'effet produit sur cette société par l'arrivée récente des Européens au Maroc, depuis une quinzaine d'années. On savait déjà que les prix de l'immobilier avaient explosé, empêchant une partie importante des Marocains de louer ou d'acheter un appartement dans le centre des grandes villes, à l'image de la médina de Marrakech.

Mais il est un point sur lequel je n'avais personnellement pas porté mon attention, c'est celui des prostituées. J'avais bien compris qu'il s'agissait là d'un sujet sensible, mais je ne l'avais encore pas imaginé sous cet angle, celui de l'explosion des tarifs également. Dans une société où, même si les choses évoluent, il est toujours important qu'une jeune femme se présente vierge à son mari, il est en revanche tout à fait normal que le jeune homme ait des expériences sexuelles avant le mariage. Traditionnellement avec des prostituées.

Les Européens ayant accepté de payer les prostituées cinq ou dix fois le tarif habituel, les Marocains ne peuvent plus accéder à ce « service ». Sans relations sexuelles, parfois jusqu'à un âge avancé, notre expert craint que cette société produise en masse des névrosés. Ou des fondamentalistes religieux...

La face cachée d'une société permet souvent de mieux expliquer ses transformations en profondeur que les phénomènes visibles de tous.

Vous avez dit souffrance?

Le 26 mars 2014, 00:55 dans Humeurs 0

Ne possédant plus rien en France, ni appartement, ni garage, ni champ, je ne peux évidemment plus voter aux élections municipales. Ce qui ne m'empêche pas, là où je suis, de rester un observateur de la vie politique française. Et, depuis dimanche soir, à défaut de me régaler (comme à l'époque où Marchais, Pasqua, Mitterrand, Le Pen (Jean-Marie) animaient les soirées électorales à la télévision), je constate avec beaucoup de tristesse le vide abyssal des idées politiques dans ce pays.

Je me souviens que l'opposition, dans ce genre d'événement, avait toujours plein d'idées quand la majorité subissait une telle défaite. Là, même pas... Ou alors, si un gugusse de l'UMP a émis une idée, c'était sûrement au moment où je suis allé aux toilettes.

En regardant la télé avant-hier soir (d'ailleurs France 2 a tout arrêté au bout de deux heures tellement ils avaient l'air de s'ennuyer; il a fallu passer sur ces chaînes navrantes que sont i-télé et LCI), je n'ai pas pu m'empêcher de penser à mon voisin de Marrakech. Quand j'ai ouvert ma boutique il y a quelques mois, j'ai vu ce vieux monsieur (c'est en tout cas l'apparence qu'il donne, en fait je ne crois pas qu'il soit si vieux que ça...) assis sur sa caisse de fruits en bois, les mains noires. Et j'ai pensé qu'il faisait la manche. Au bout de quelques jours, j'ai compris qu'il travaillait. Il répare les pneus de deux-roues... Tous les matins, je le salue, lui demande comment ça va. C'est sans doute ridicule, mais ça fait partie des formules de politesse marocaines. D'ailleurs, il me répond que tout va bien. C'est généralement ce que répondent tous les Marocains à qui vous posez cette question.

Si j'ai pensé à lui dimanche soir, c'est tout simplement parce que je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement avec la société française - qui, globalement, va beaucoup mieux que cet homme - et avec ces débats stériles de soir d'élection. La veille, il était venu me voir à la boutique. C'était la première fois. Il m'avait montré l'ordonnance que venait de lui délivrer le médecin. Un seul médicament lui avait été prescrit. Peut-être parce qu'il n'a pas besoin d'en prendre d'autres. Je crois surtout que le médecin savait qu'il ne pourrait pas les acheter. D'ailleurs, il venait me voir pour me demander de l'aider à acheter celui-ci. Quoi qu'il en soit, il n'allait pas si bien que ça (j'avais cru le remarquer) et pourtant, tous les matins, il m'assurait le contraire. Un peu comme cette France qui ne va pas si mal et qui, tous les matins, affirme l'inverse.

 

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